Analyser le travail

Se pencher sur la notion de charge, c’est étudier l’ensemble de ce qui pèse sur les individus afin d’améliorer leurs conditions de travail et d’identifier ce qui équilibre cette charge. L’évaluation passe par une analyse de la situation de travail dans son ensemble et en écoutant la personne au travail. Le terme de « charge de travail » est utilisé à l’origine dans le milieu médical dans les années 1960. Les physiologistes étudient le fonctionnement de l’organisme, recherchent des mesures objectives sur ce que le travail fait au corps : fréquence cardiaque, consommation d’oxygène, etc. De même, les notions de stress et de fatigue ont été empruntées à la psychologie et à la biologie. En substance, la charge de travail représente ce que demande le travail à une personne. On pressent qu’il faut regarder du côté des conditions de travail et d’emploi, mais également de l’activité elle-même ainsi que la façon dont la personne vit son engagement professionnel : « La charge comme caractéristique de la tâche, donc des obligations et contraintes qu’elle impose au travailleur, la charge comme conséquence pour le travailleur de l’exécution de cette charge » (Jacques Leplat).

En ergonomie, l’analyse du travail regarde la personne comme un acteur, se distinguant de la tradition anglo-saxonne étudiant l’homme dans le travail, facteur humain parmi d’autres : « Le travail n’est jamais la simple réalisation de la tâche telle qu’elle est formulée par la prescription ; travailler impose toujours de prendre en charge des particularités de la situation que la hiérarchie n’est pas en état de percevoir » (Philippe Davezies). Au travail, on n’est très rarement confronté à la situation type prévue par la prescription. La situation que la personne au travail rencontre est toujours particulière et c’est en face de ces particularités que se déploie sa contribution propre.

Il y a 3 dimensions distinctes : la charge du côté de ce qui est à faire, ce qu’il faut supporter, ce à quoi il faut faire face ; la charge du côté de ce que ça nous fait ; et le jugement sur le caractère acceptable ou non : « Le travail passe par un engagement du corps. Le travail implique un investissement charnel. Au sens strict, les agents donnent chair à la prescription ». Ecouter la personne au travail, c’est donc admettre la subjectivation du travail, en quoi le sujet au travail est-il acteur. Travailler, c’est « mettre du sien ». On ne saurait donc analyser la charge de travail d’un individu sans la contextualiser dans une organisation et la situer dans un périmètre large de ce que nous appelons les conditions du travail.

L’organisation de l’activité est à la fois prescriptive et allocative de ressources. La charge de travail relève d’une construction sociale et organisationnelle. N’est-elle pas dû également à la manière dont chaque individu s’empare de son travail ? L’Anact, dont la création en 1973 est liée avec le projet d’une évaluation de la charge, retient cette approche. L’agence a développé un modèle pour permettre aux acteurs de discuter de la charge « prescrite » (ce qui est demandé, le système de contraintes qui s’impose), « réelle ou vécue » (ce que le prescrit demande au salarié, les arbitrages à effectuer, les moyens développés) et « subjective ou ressentie » (l’évaluation que fait le salarié de sa propre situation : comment il juge sa charge, sa reconnaissance et la qualité de son travail).