A l’écoute du travail

Parce que nous manquons de lieux, de temps et de méthode pour parler du travail, de notre activité, de ce qui fait la fierté professionnelle et de la possible surcharge. Parlons de l’ensemble des conditions de l’activité. Soyons à l’écoute du travail.


Comment les salariés parlent-ils de leur activité ?

Ce célèbre dessin de Plantu paru dans les années 1990 représente, campés l’un face à l’autre, un patron et un ouvrier. Le premier parle contraintes économiques : inflation, salaires, production, pression extérieure… L’autre n’évoque, lui, qu’un besoin : gagner de quoi vivre. Dans cette caricature de la question sociale, l’homme au cigare et celui à la casquette ne dialoguent pas parce que le dessin élude volontairement deux éléments : l’entreprise et le travail. Si on s’en tient à l’approche économique ou au produit du travail (le pain), on manque l’essentiel, c’est-à-dire l’activité.

En théorie, de nombreux espaces leur offrent des opportunités d’expression et de discussion : dans les processus de management (réunion d’équipe, groupe projet), de dialogue social, de développement professionnel (session de formation, groupe d’analyse de pratiques), dans des espaces informels de vie au quotidien (pause-café, cantine), etc.

Crédit : Wingz / CFDT Cadres

Du dialogue professionnel au dialogue social, des instances aux échanges informels, les espaces et les attendus ne se ressemblent pas : on parle pour gérer la qualité et l’efficacité productive, pour apprendre collectivement du travail, pour traiter d’enjeux de santé ou sécurité, pour évaluer des missions personnelles ou collectives, etc.

Or, l’intensification du travail tend à supprimer nombre d’espaces naturels où les acteurs pouvent réguler le travail.

La mise en débat de l’activité prescrite ne s’impose pas en soi au sein des organisations productives alors même que la complexité impose de démultiplier les échanges. De nombreux acteurs ont souligné le paradoxe d’une communication devenue omniprésente dans le travail contemporain qui se distingue d’une mise en discussion du travail lui-même. Sans compter le poids la parole et des outils de communication pour faire adhérer le personnel au projet de l’entreprise. En somme : « Jamais probablement autant d’information n’a été disponible et n’a circulé dans les organisations et, dans le même temps, jamais l’on a eu moins de temps pour parler du travail… L’hypertrophie de l’information semble chasser la communication » (G. Minguet, M. Detchessahar).


Les salariés n’exposent pas spontanément tout ce qui fait leur charge de travail, tout ce qu’ils déploient pour travailler. Les salariés parlent peu d’eux-mêmes en tant qu’acteurs, en tant que professionnels en action, voire simplement en tant que personnes au travail. Ils parlent de leur charge prescrite, de leurs responsabilités et de leur entreprise : en tant que travailleurs en poste. La parole au travail en vue d’une régulation de la charge prend donc le reflet d’une discussion sur le travail.

Le sociologue Ph. Zarifian a décrit l’importance prise par la communication dans le travail aujourd’hui, de par la complexité des organisations qui nécessite toujours plus de coopération, et par le besoin sociétal croissant de faire société, jusque dans l’entreprise alors que se défont les corps intermédiaires traditionnels.

Par complexification, il faut entendre également l’intellectualisation des tâches et la rapidité de l’évolution des livrables, dans un contexte où l’activité servicielle domine. Coopérer, c’est opérer ensemble : communiquer, c’est se mettre d’accord sur ce qu’il y a à faire. Il y a la nécessité de développer « une politique de communication dans le travail ».