« Bataille de l’emploi », la rhétorique

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« Une obsession en tête : la lutte contre le chômage et la préservation de l’emploi, priorité absolue des 18 prochains mois ». Jean Castex dans sa déclaration de politique générale rejoint ses prédécesseurs d’un Etat à l’assaut du marché du travail.

Rétrospective. En 1993 Edouard Balladur affiche une détermination libérale assumée : « l’objectif, s’il est ambitieux, s’énonce clairement : affermir l’Etat républicain, assainir notre économie pour développer l’emploi ». Deux ans plus tard, la confiance balladurienne laisse ainsi la place à plus de volontarisme. « Tout le programme de travail que je vous présente aujourd’hui tient en un seul mot : l’emploi » clame Alain Juppé, se lançant dans une chevaleresque « bataille pour l’emploi » en 1995. Le volontarisme étatique vient plus tard : « Je le répète aujourd’hui, l’emploi est notre priorité ». En 1997, Lionel Jospin assume l’héritage en place de la quasi-incantation (« pour faire reculer le chômage, nous devons retrouver une croissance durable ») sans remettre en cause le pacte de stabilité monétaire européen et en poursuivant la diminution des taxes sur le travail. Mais il ajoute une note alternative : « imaginer ensemble un modèle de développement plus solidaire et plus riche en emplois ».

2002. Le choc politique de l’élection présidentielle a fait oublier que le chômage a reculé. Que fait le nouvel occupant de Matignon Jean-Pierre Raffarin ? Du Balladur : « Il faut éviter que, globalement, l’ensemble de nos procédures freine la création d’activité. C’est le sens de la baisse des charges que nous engageons de façon résolue. Les baisses de charges constituent la clé de voûte de notre stratégie. Ce n’est pas de l’idéologie, mais tout simplement « ça marche », ça crée des emplois ». En juin 2005, changement de ton. Dominique de Villepin ressort la rhétorique de « la bataille de l’emploi » promettant l’engagement de toutes les forces de son gouvernement. En bon élève du bonapartisme, il ne place plus la négociation sur le devant de la scène comme l’avait fait le giscardien J.-P. Raffarin, mais appelle « au soutien de l’ensemble de la nation » derrière son action.

Les années Sarkozy se placent entre le volontarisme d’un D. de Villepin et la prudence balladurienne. Le nouveau Président incarne le dépassement du clivage traditionnel des deux droites. C’est ce que représente un François Fillon, clamant « qu’il n’existe pas plus de fatalité du chômage de masse aujourd’hui qu’il n’en existait pour l’inflation hier » en 2007. On actionne les mêmes leviers en tirant un peu plus dessus à chaque remaniement. C’est ce qu’il confirme trois années plus tard. « Notre première priorité, c’est la croissance au service de l’emploi. Nous devons progresser dans la voie de la flexisécurité » (2010).

En 2012, Manuel Valls, conduisant le quatorzième gouvernement en vingt ans, poursuivra cette politique sociale-libéral : une politique de l’offre pour soutenir les entreprises en échange d’une certaine exigence en matière de dialogue social, de nouveaux droits (le compte personnel d’activité) et un renfort d’emplois aidés. La politique publique face au chômage demeure ainsi fondée sur la régulation du marché du travail. « Nous nous résignons au chômage de masse… Travaillons pour que le chômage reflue… Notre économie ne produit pas assez de revenus, elle ne crée pas assez d’emplois… » insiste Edouard Philippe en 2017. Au rythme des déclarations de politique générale, les gouvernements semblent privilégier les outils de court terme au détriment de dispositifs d’accompagnement des personnes dans le temps.