Chômage partiel, les leçons de 2008

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L’ajustement de l’emploi aux ralentissements de l’économie est très différent d’un secteur, d’un pays à l’autre et suivant les années. Celui-ci est parfois total, c’est-à-dire diminué dans des proportions identiques à la demande, laissant inchangé le niveau de la productivité du travail. On parle de flexibilité externe. Durant la crise de 2008-2009, en Espagne, au Danemark et aux États-Unis, l’emploi s’est même surévalué dans la même période, conduisant mécaniquement à des gains de productivité et à une forte augmentation du chômage. Dans d’autres cas, l’ajustement a été sous-évalué, c’est-à-dire une moindre baisse de l’emploi relativement à celle de la demande. Les entreprises panachent avec de la flexibilité interne, ayant recours à une diminution du nombre d’heures travaillées et/ou des salaires réels. Elle a été observée durant la crise financière en particulier en Italie et surtout en Allemagne (dans ces deux pays le choc d’activité post-crise financière a été absorbé à hauteur d’un peu plus d’un tiers par la réduction des heures travaillées par tête) qui sait préserver ses emplois en réduisant… le temps de travail. Mais les dispositifs de chômage partiel sont difficiles à piloter et demandent un dialogue social chevronné. Il ne s’agit pas, par exemple, de maintenir en activité des métiers en déclin. Ni de perdre en compétitivité. La France a, elle, enregistré des gains de productivité dans le secteur manufacturier entre 2009 et 2011, aux dépens de l’emploi, et ce malgré de nombreux dispositifs de chômage partiel dans de grandes entreprises. La France joue à la fois la flexibilité interne sur le cœur de l’emploi et sur la flexibilité externe sur la périphérie de l’emploi, en réduisant les contrats à durée déterminée et mission d’intérim. Pendant la récession de 2009, les entreprises ont beaucoup plus rarement qu’en Allemagne mené une négociation globale sur l’emploi, les salaires, la durée du travail, les investissements, et la formation. Les grandes entreprises françaises n’ont pas la culture de telles négociations globales, à l’exception de celles sur l’aménagement et de la réduction du temps de travail dans la période 1996-2001. En France, les ajustements externes via les CDD et l’intérim sont donc privilégiés comme variables d’ajustement. En Allemagne, pour atteindre le même objectif, un consensus social avait pu se former autour de l’impératif de jouer sur toutes les marges de flexibilité interne. Ce qui nécessite un haut niveau de culture du dialogue. La France joue moins du chômage partiel que son partenaire. Le travail temporaire est une variable plus importante sur le marché du travail.

Le choc de 2009 a cependant mis en avant le rôle positif du chômage partiel, réduisant le coût du travail et le nombre de faillites d’entreprises. Celui-ci maintient la cohésion de l’entreprise et ses compétences. La Cour des Comptes nota en 2013 que « le chômage partiel, qui permet à un établissement de réduire temporairement son activité au-dessous de la durée légale du travail afin d’éviter le recours à des licenciements économiques, est apparu pendant la crise de 2009 comme l’un des instruments de la politique de l’emploi les plus efficaces pour organiser la résistance du marché du travail ». Les limites se voient à long terme. Son efficacité diminue dans le temps, en raison d’un conflit d’objectifs croissant : préserver l’emploi ou favoriser la réallocation optimale des ressources. En reportant les décisions de restructuration, le chômage partiel peut contribuer à restreindre les gains de productivité et les augmentations des salaires. Il évite les licenciements de masse.