20 ans de 35 heures ou de difficulté à parler travail ?

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1997, une gauche plurielle teintée de rouge et de vert arrive au pouvoir. Les débats des années 70 ont porté leurs fruits. Dans sa déclaration de politique générale le 24 juin, Lionel Jospin annonce : « Il faut entamer une réduction négociée de la durée du travail privilégiant l’emploi. Réduire le temps de travail, sans perte de salaire, représente à la fois un progrès économique – susceptible de créer de nombreux emplois – et un progrès social. C’est pourquoi, en accord avec les partenaires sociaux, le passage de la durée légale du travail de trente-neuf à trente-cinq heures sera engagé ». Pour bien les comprendre, les 35 heures sont, pour lui, une réponse à la fin des années mitterrandiennes et le fameux « sur le chômage, on a tout essayé ». La campagne législative entendait signer le retour du politique sur l’économique. Une révolution ? Le dispositif de l’UDF Gilles de Robien permettait déjà aux entreprises de réduire le temps de travail de leurs salariés, soit pour effectuer de nouvelles embauches, soit pour éviter un plan de licenciement. En contrepartie, elles bénéficiaient d’un allégement des cotisations patronales. La gauche plurielle creuse un sillon ouvert par le centre droit, mais en y ajoutant une bonne dose d’écologie politique.

Les influences d’André Gorz ont inspiré en effet au Parti socialiste une prise en main par les salariés de leur temps de travail et leur capacité à arbitrer entre celui-ci et le niveau de revenu. La « révolution du temps choisi » était en marche. Les réfractaires aux politiques d’aménagement de la durée légale de travail pour favoriser la création d’emploi reconnaissent quelque 350 000 créations nettes de postes durant la période. Ce qui revient à la croissance de l’époque et ce qui revient au partage de l’activité est difficile à distinguer. On est loin des 500 000 emplois qu’affichait Martine Aubry à l’époque, mais la RTT a bien créé des emplois alors 20 ans après, le débat continue. La Loi « relative à la réduction négociée du temps de travail » (19 janvier 2000, seconde loi Aubry), ne fixe que le cadre de l’abaissement du seuil de déclenchement des heures supplémentaires à la 36ème heure de travail hebdomadaire et promeut l’annualisation du temps de travail pour améliorer la flexibilité. La « réduction » promettait « l’aménagement », mais peu d’entreprises ont joué le jeu, souvent par manque de moyens en termes de dialogue social ou professionnel, de la mise en débat de l’organisation du travail. 20 années d’esclandres sur les 35 heures ou le coût de l’emploi n’ont pas épuisé le café du commerce : le bilan des lois Aubry vient aussi du déficit chronique à dialoguer sur l’aménagement et l’organisation du travail.