Prescription versus corporations

raising the blue red and white flagLe conflit social actuel semble être un face-à-face entre l’Etat et le corps social. Le premier dit incarner l’intérêt général (« réformer le système de répartition des retraites »), ce qui est contesté par le second (« l’Etat appauvrit des populations et poussent à la capitalisation »). L’un dit qu’il y a « des conservatismes d’intérêts particuliers », ce que l’autre conteste « au nom de la justice sociale ».

La méthode est semblable à celle de gouvernements précédents : concertation mais pas négociation. Il y a comme une prescription descendante : en phase un les experts posent les termes du débat, en phase deux l’Exécutif tranche sur les grandes lignes, en phase trois il partage un peu de sa décision avec d’autres acteurs. Il y a de la dramatisation dans la communication associée à l’enjeu : « sauver » un système « en danger », « lutter » pour tenir « des acquis de la Résistance » et de l’après-guerre ; les arguments sont figés par rapport à un idéal, en faisant de la politique comme on chasse l’absolu. Ce conflit rappelle ceux de 1995, 2003, 2006 et 2010 dans les modes d’action : grève de longue durée, communication ruisselante, messages séduisants ou provocants.

Il montre une fois de plus l’insuffisance de notre système de régulation sociale à articuler le haut et le bas, l’intérêt général et le besoin de protections particulières, le temps social (à la fois celui de l’intéret immédiat et le long terme au-delà des élections) et le temps politique (à la fois celui de l’intéret collectif et le court terme électoral). Quel doit être le rôle du Parlement, du Conseil économique social et environnemental, des corps intermédiaires et de l’Etat dans l’élaboration d’une grande réforme sociale ? Ni la Constitution, ni l’usage ne répondent à cette question. A défaut, le gouvernement pourrait organiser la confrontation des logiques, l’élaboration des compromis et la légitimisation des acteurs responsables de la mise en place de la réforme. Le système doit-il être comptablement équilibré ? Comment les conditions de travail pèsent-elles sur l’acquisition de droits ? Comment mettre fin aux régimes spéciaux sans nier le besoin essentiel de formes de corporations de proximité dans lesquelles on se sent protégé et reconnu professionnellement ?

Le niveau méso, intermédiaire, bâti après-guerre, celui des partis républicains, des syndicats représentatifs et des associations d’intérêt général, a besoin d’être revitalisé dans une société plus exigeante en termes de contrôle du pouvoir et d’attente de résultats immédiats, visibles. Le quinquennat actuel pourrait être utilisé comme une transition – une élite à la française se subsitue à une insuffisance politique – durant laquelle les acteurs et mécanismes dans la société civile et les partis se donnent le temps de penser leur rôle et identité. Comment contenir un peu l’hystérisation de l’espace public et le classique face-à-face entre prescription et corporations ?