Le travail comme appui professionnel

adult architect blueprint business

Les registres de la reconnaissance du travail sont pluriels. Signes d’appartenance, place, statut, conditions de travail, sens de l’activité, respect des charges familiales… Les demandes individuelles sont fortes pour faire face à la parcellisation des tâches, au contrôle de l’activité, à la bureaucratie et au reporting. Les salariés ont besoin de reconnaissance, de pouvoir parler de leur travail et d’un management participatif. Le travail, ce n’est pas seulement un statut, une compétence et leur reconnaissance. Parler du travail, c’est parler des tâches de chaque jour et les resituer dans une finalité. Parler de l’activité réelle de chacun et de la façon dont elle s’inscrit dans le contexte professionnel (la stratégie de l’entreprise) et personnel (la vie de chacun). C’est s’interroger sur le sens profond qui peut être donné au travail. Si je suis loin du décideur, loin du consommateur, loin des partenaires avec lesquels et pour lesquels je produis, je suis un producteur solitaire. Mon travail n’a pas de sens dans une entreprise démontable, dans une organisation flexible et sans frontières. Ce, a fortiori dans un monde serviciel : nous avons les codes pour définir ce qu’est un travail manuel bien fait mais pas encore les indicateurs autres que marchands pour définir ce que sont les services bien rendus. Un des enjeux du management aujourd’hui est sans doute de favoriser les coopérations, à l’heure où les parties prenantes d’une même filière, voire d’un même produit sont volontairement séparées. Ici revient cette juste distance entre soi et le travail.

Le travail est aussi un engagement, un dépassement de ses intérêts propres. Ne pas y plonger toute sa vie et toute sa personne, mais ne pas non plus le réduire à un gagne-pain en attendant la retraite. Le travail est réalisation de soi en tant que révélateur de ce que l’on sait faire, de ce que l’on travaille. Ce sont bien les compétences, les talents, les efforts et les appétences qui font grandir. C’est l’individu devenu sujet et acteur du travail qui importe. Citons Jacques Le Goff qui invite à redécouvrir la valeur-travail et à l’envisager dans toute son épaisseur. Au-delà du registre technique ou moral, reconnaître et valoriser le « travail bien fait », les compétences et l’engagement choisis. Un travail qui ne soit pas subi, c’est une meilleure visibilité de ses finalités, y compris dans sa dimension organisatrice, comme le rappelle le débat en cours sur la propriété de l’entreprise et les modèles de management. En somme, « le travail vaut en soi, pour savérité propre, pour son efficacité originale, pour la construction du monde » (Le Retour en grâce du travail, Lessius, 2015).