Avoir prise sur son activité professionnelle

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Récits du travail. Nous avons tous été touchés par un restaurateur accueillant ses clients comme s’ils étaient chez eux, par un boucher salivant d’avance en préparant une commande, par un coiffeur soucieux de remplacer ses ciseaux qu’il ne trouvera qu’au Japon, dernier pays à fabriquer l’outil digne de ses tâches à effectuer. L’art de l’artisan, certainement, mais pas seulement. L’intelligence manuelle concerne également le médecin de famille ou encore le sportif professionnel. Et on peut en dire autant d’une actrice parlant avec amour de son dernier film ou de la fécondité du chercheur. On lira aussi avec intérêt ce récit d’un pilote d’Air France racontant avec autant de poésie que de précision technique les gestes de son métier. On se réjouira de voir ouvriers et ingénieurs se féliciter lors de la mise à l’eau d’un navire. On écoutera avec respect une directrice d’école parlant de ses convictions éducatives. Mais qu’ont-ils donc, tous ces actifs ? De la passion et du professionnalisme. A les croire, ils sont payés pour être heureux. Aucun ou presque n’échappe à la précarité, à l’intensification comme au risque de se voir déposséder de leur part de rêve. Mais ils sont dans l’oeuvre. Ils participent par leurs gestes à la marche du monde. Désir de métier et donc d’autonomie. Désir d’un travail qui rend libre, d’un emploi qui reconnaît l’esprit d’initiative et la créativité. Citons une allégorie célèbre attribuée à Charles Péguy comme à Peter Drucker… : on demande à trois tailleurs de pierre ce qu’ils font. Le premier répond « je casse un caillou pour gagner ma vie » ; le deuxième « je construis un mur » et le troisième « je bâtis une cathédrale ». Le travail, au-delà de l’emploi. Face au chômage, retrouver le travail, cet effort conscient et réfléchi. Le travail est une action intelligente de l’homme pour dominer la nature. Le travail distingue les hommes des autres êtres vivants dominés par leur instinct. Il définit l’homme parce qu’il le forme et le construit. Le travail nous grandit et c’est pour cela que chacun de nous entend maîtriser ce qu’il fait. Un artisan produit en totalité un objet et se reconnaît dans sa création. Un salarié ou un producteur doit également avoir prise sur son activité professionnelle.